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Le règlement du mal nommé « conflit israélo-palestinien », c’est-à-dire l’instauration de la paix, est essentiel pour la stabilité et une nouvelle configuration du Moyen-Orient.

Paradoxalement, la séquence de ce qu’on appelle les « Printemps arabes » déclenchée fin 2010-début 2011 a relégué la question palestinienne au second rang de l’information internationale. Comme si ce « conflit » n’était qu’un parmi d’autres. Or, à l’occasion de la conférence organisée par les États-Unis au Bahreïn, fin juin, consacré au volet économique d’un plan que l’administration états-unienne présente comme « l’accord du siècle », il apparaît que la longue lutte du peuple palestinien est en réalité au centre de la problématique moyen-orientale et, partant, de celle du monde.

Retour historique
Le peuple palestinien a été dépossédé de ces terres depuis bien longtemps maintenant. Depuis que, en pleine Première Guerre mondiale, en 1916, les grandes puissances avalisent le découpage du Moyen-Orient par Sykes et Picot et confient un mandat à la Grande-Bretagne englobant la Palestine (la France s’accaparant la Syrie et le Liban). En 1917, la déclaration Balfour entérine l’idée de la création d’un foyer national juif. Trente ans plus tard, en 1947, la zone est encore prétexte à dépeçage puisque l’Organisation des nations unies vote le partage de la Palestine historique de façon malhonnête et injuste, validant le projet colonial sioniste et le drame de la Nakba (la catastrophe) qui a poussé des dizaines de milliers de Palestiniens sur les routes de l’exil, faisant d’eux et jusqu’à aujourd’hui, des réfugiés. La Nakba qui est « la dépossession des Palestiniens de leur patrie, de leur sol, de leur identité, de leur culture, de leur histoire, de leur mémoire », comme le rappelait à L’Humanité Leïla Shahid, ancienne ambassadrice de Palestine en France puis auprès de l’Union européenne. Le monde s’en est accommodé, considérant qu’il s’agissait dès lors d’une question humanitaire qu’il convenait de traiter comme on le ferait d’une catastrophe naturelle. Jusqu’au début des années 1960 et la renaissance de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), avec à sa tête Yasser Arafat qui rappelle aux dirigeants de la planète que le peuple palestinien se bat pour ses droits et pour sa terre. Le leader historique des Palestiniens était venu le rappeler à la tribune de l’ONU dans une déclaration fameuse: « Je suis venu avec dans une main un rameau d’olivier et dans l’autre un fusil. Ne laissez pas tomber le rameau d’olivier. » Une épine dans le pied des pays occidentaux qui voient en Israël leur allié pivot dans la région, lieu d’affrontement d’une guerre froide terrible sur fond de champs de pétrole et de routes d’approvisionnement énergétique. Et des pays occidentaux qui, dans une incroyable lâcheté, ont voulu désarmer les Palestiniens sans pour autant faire fleurir l’olivier.

« C’est une véritable politique d’apartheid, renforcée par la construction d’un mur qui annexe à Israël les terres palestiniennes les plus arables et surtout les puits d’eau. »

Soixante-dix ans après, le peuple palestinien n’a toujours pas d’État. Il subit l’occupation et la colonisation, les guerres, la répression, le bouclage des territoires, les assassinats ciblés. La bande de Gaza est une vaste prison à ciel ouvert, soumise à un blocus inhumain depuis douze ans maintenant. La Cisjordanie se couvre de colonies et le plan israélien prévoit d’isoler les localités palestiniennes les unes des autres par un réseau de routes réservées aux colons, forçant les Palestiniens à de longs détours mais, surtout, qui permet à la force occupante d’imposer en vingt-quatre heures un couvre-feu totale si elle le décide. C’est une véritable politique d’apartheid, renforcée par la construction d’un mur qui annexe à Israël les terres palestiniennes les plus arables et surtout les puits d’eau.

Une impasse politique
Depuis des décennies, les résolutions de l’ONU se sont multipliées. Israël n’en a pas appliqué une seule ! Alors, quelles solutions ? Celles-ci sont pourtant sur la table : création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, droit au retour des réfugiés, accord sur l’utilisation de l’eau… La question se pose néanmoins : la solution à deux États est-elle encore possible, dès lors que la colonisation est si avancée qu’il n’existe plus de continuité territoriale pour les Palestiniens en Cisjordanie même et encore moins avec la bande de Gaza ? Une situation qui a mené les organisations palestiniennes dans l’impasse. Qu’il s’agisse du Fatah, l’organisation du président Mahmoud Abbas ou du Hamas, la formation islamiste qui contrôle Gaza, c’est l’impasse politique. Devant ce vide, les États-Unis poussent leurs pions. Ils ont fermé le bureau de l’OLP à Washington, signe que ce n’est pas un partenaire de discussion, ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël ainsi que l’annexion du Golan syrien, supprimé leur aide financière à l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens afin que disparaisse cette question et des signaux favorables sont envoyés au gouvernement israélien pour une main mise quasi totale sur la Cisjordanie.

« Je suis venu avec dans une main un rameau d’olivier et dans l’autre un fusil. Ne laissez pas tomber le rameau d’olivier. » Yasser Arafat

Tout le monde sait bien, pourtant, que le règlement du mal nommé « conflit israélo-palestinien », c’est-à-dire l’instauration de la paix, est essentiel pour la stabilité et une nouvelle configuration du Moyen-Orient. Ainsi, les États-Unis, puissants soutiens de Tel Aviv, veulent affronter l’Iran pour l’empêcher d’être la puissance régionale dominante, et mettent en place un rapprochement entre les pétromonarchies du Golfe et Israël. Pour cela, il convient de « régler » une fois pour toute la question palestinienne. Non pas comme le souhaitent les Palestiniens mais comme le veut Israël. C’est le sens du plan américain non dévoilé officiellement mais dont on connaît la philosophie. Une aide financière en échange de la paix. En réalité, c’est un leurre total pour les Palestiniens qui se verraient à nouveau relégués dans une problématique humanitaire alors qu’il s’agit bel et bien de politique, celle de l’autodétermination d’un peuple.
Plus que jamais les Palestiniens ont besoin de solidarité internationale et notamment de pressions sur les gouvernements européens pour qu’ils prennent leurs responsabi­lités. Le combat est rude. En France, la campagne boycott-désin­ves­tissement-sanctions (BDS) est criminalisée et l’on voudrait faire taire toute critique de la politique d’Israël sous prétexte d’antisémitisme. C’est dire si certains craignent plus que tout l’avénement d’une véritable paix, juste et durable, au Proche-Orient, qui permettrait aux peuples de la région de vivre en harmonie.

Pierre Barbancey est grand reporter à L’Humanité.

Cause commune n° 12 • juillet/août 2019